Le Grand Palais met face à face deux artistes contemporaines dans deux galeries distinctes. Aujourd’hui nous allons nous intéresser à l’une d’entre elle : Eva Jospin. Grottesco, nom de l’exposition, nous plonge directement dans l’univers de celle-ci, avec un parcours scénographie libre, sans cimaise ni déambulation précise, tout est fait pour préconiser une visite-balade. Le cartel d’entrée de l’exposition nous explique les inspirations d’Eva Jospin, ce monde presque imaginaire fait allusion à un jeune romain qui, en tombant dans une cavité découvre la Domus Aurea. Le palais étant ensevelis depuis un certain temps, la végétation avait reprit domination sur celle-ci, mêlant cet aspect grandiose et féerique.
Le carton est le matériau de prédilection dans cette exposition, avec lui, Eva Jospin construit un monde rempli de détail. Il peut servir de support pour créer une immense forêt de 9 mètres ou encore un palais. Faire du carton aussi léger qu’une feuille mais aussi massif qu’une colonne de marbre montre toute l’ingéniosité et le talent de cette artiste. Le carton dans ses oeuvres est à nu, il s’offre au visiteur dans sa forme la plus pure, Eva Jospin travaille avec ce matériau en découpant, assemblant mais l’essence de celui-ci garde une place prépondérante. Cet aspect brut peut souligner les inspirations lointaine de l’artiste, fascinée par les mythes et les contes.
L’exposition nous accueille avec un cartel d’entrée, nous présentant le monde d’Eva Jospin, après cela, une déambulation libre s’offre au spectateur, sans récit ni cartel apparent. Cette liberté pousse à la contemplation, chacun est libre de créer sa propre interprétation. Le paysage et l’architecture sont recréés, re-visités à l’instar de ce que pouvait faire Hubert Robert ou M.C. Escher (en ce moment à la Monnaie de Paris !). La modestie du carton sert à la fois au gigantisme de ses oeuvres immersives, mais aussi à la minutie des détails, l’artiste arrive à modeler le matériau avec souplesse, tout devient possible.
Grottesco, Eva Jospin, vue de l’exposition. © Benoit Gaboriaud
La curiosité est le mot clé de cette exposition, qu’importe où le regard se pose, un nouveau détail se révèle, une fois rentrée dans ce monde, il est difficile d’en sortir…
Une des oeuvres les plus impressionnantes est une architecture en dôme, rappelant l’architecture de la Renaissance et le trompe oeil maniériste. La surprise se fait lorsqu’on lève les yeux, un immense puit de lumière nous emporte, plus aucune pensée ne se fait, juste de l’admiration.
La végétation et plus spécifiquement la forêt représente une importante inspiration pour l’artiste. Un lieu à la fois vivant et silencieux, où l’inconnu peut effrayer. Sa densité menaçante attire mais elle met aussi en garde, cette dualité irrésistible qu’on retrouve souvent dans les contes pour enfants est merveilleusement reproduit.
La virtuosité technique d’Eva Jospin vous coupera le souffle, Grottesco est réellement une invitation au voyage, chaque recoin est digne d’observation. Le vrai défi de cette exposition c’est réellement d’en sortir.
Panorama (Partie I), Eva Jospin, 2016, carton.
© Adagp, Paris, 2025 / Photo Benoît Fougeirol